4 principes pédagogiques

Après deux billets sur la logique du elearning et la gestion du temps de formation, j’aborde aujourd’hui quelques principes clé de pédagogie. Ils constituent une « check list » qui vous évitera que la formation que vous mettez en œuvre ne s’écrase en plein vol.

D’où viennent ces principes ? A la fois des travaux en sciences cognitives appliquées à l’éducation et de l’expérience acquise par les formateurs depuis quelques siècles. Ils reposent sur un fait essentiel, notre cerveau n’a pas beaucoup évolué au cours des derniers millénaires et ce qui fonctionnait avant continue à fonctionner maintenant.

Ces principes s’appliquent aussi bien aux formations présentielles que distancielles et à la formation initiale que continue. Evidemment leur mise en œuvre nécessitera des adaptations selon les types de formation et les modalités de réalisation.

1. Apprendre est un travail

Ecouter et regarder n’est pas apprendre. Lors d’une formation chaque apprenant doit répondre à des questions et faire des exercices tout au long du processus pour mobiliser les connaissances apportées par le formateur. Ce travail doit impliquer un réel effort de réflexion, il ne s’agit pas simplement d’un quizz en fin de formation auquel un apprenant moyen doit être capable de répondre sans difficulté. Le travail est construit sur une logique d’erreur/correction/progression. Il mobilise au moins 30% du temps ce qui est beaucoup plus que constaté généralement en formation. Respecter ce principe implique donc soit d’allonger la formation soit de réduire les apports pour réinvestir le temps en exercices.

2. Eviter la surcharge

La quantité de connaissances nouvelles qu’un apprenant peut intégrer dans une durée donnée est limitée. Au-delà, il y a saturation ce qui implique au mieux que l’apprenant stoppe toute intégration supplémentaire, il déconnecte, et au pire que les connaissances en surcharge empêchent la bonne intégration des connaissances préalablement travaillées, tout est brouillé.

Il n’est pas simple de définir une juste quantité de connaissances par unité de temps car il n’y a pas d’étalon mesure et chaque apprenant a des capacités d’intégration différentes. L’animateur calibre de façon expérimentale la quantité de connaissances qu’il peut dispenser dans une durée donnée pour un public donné, c’est une partie de son savoir-faire. Dès qu’il sent une déconnexion de son audience il doit arrêter d’en ajouter même si le programme n’est pas complété et passer à un travail de renforcement.

3. Le formation doit être fractionnée

Tout apprenant sous-estime sa capacité à oublier ce qu’il vient d’apprendre. Pourtant, dès qu’une information nouvelle pénètre dans son cerveau elle doit lutter pour rester mobilisable et ne pas être oubliée ou fortement dégradée. Pour permettre une intégration pérenne il existe plusieurs techniques dont la plus importante consiste à fractionner l’apprentissage dans le temps en espaçant deux séquences d’au moins une nuit car l’oubli fait ses ravages principalement pendant le sommeil.

Les éditeurs d’outils d’ancrage mémoriel capitalisent sur ce point. Pourtant il faut faire attention à deux choses :

  • Tout d’abord le travail d’intégration n’est pas uniquement un travail de mémorisation. Si l’on travaille sur du savoir-faire ou de la compréhension, il va falloir recommencer en partie la formation. Si vous arrivez en fin de leçon à tenir debout sur un snowboard, une semaine après ce n’est pas un quizz qui vous aidera à ne pas rechuter, il faudra reprendre la pratique en prenant en compte le fait que vous avez un peu perdu depuis la fin de la leçon précédente.
  • A contrario si le quotidien de l’apprenant implique une mise en pratique ou une remobilisation immédiate des connaissances cela constitue un travail de renforcement à part entière qui peut remplacer un retour en formation à condition qu’il y ait un contrôle ou une assistance pour vérifier la bonne application, par exemple par le manager.

4. Tracer des liens

Pour qu’un apprentissage soit efficace il faut tracer des liens entre les choses nouvelles que l’on est en train d’apprendre et ce que l’on connait déjà. La connaissance nouvelle doit s’accrocher à une connaissance déjà intégrée pour prendre tout son sens, être vécue comme une prolongation d’un existant. Faute de quoi, la connaissance nouvelle reste abstraite, détachée et a de grande chance de s’envoler vers l’oubli.

Le formateur doit donc prendre le temps d’identifier en amont comment la connaissance nouvelle va se relier au quotidien des apprenants ou à ce qu’ils savent déjà. Cela implique qu’il ait accès à leurs réalités opérationnelles.

Retenez qu’apprendre c’est tracer des nouveaux liens, cela demande un effort, se construit dans le temps mais surtout exige une base à laquelle accrocher ces liens, sinon la nouvelle connaissance va s’envoler comme un ballon et disparaître.

Améliorer le rendement de vos investissements

Ces quelques règles nous apprennent qu’il faut être très humble sur l’efficacité des actions de formation.

Comme dans une recette de cuisine il faut non seulement rassembler tous les ingrédients mais aussi ne pas oublier d’étapes si l’on veut obtenir un bon résultat. Quand vous faites un gâteau, si vous voulez faire des économies et ne pas acheter de sucre ou ne pas avoir de four pour le cuire, le résultat sera certainement comestible mais on sera assez loin de l’objectif initial.

Si vous investissez des sommes importantes dans la formation, votre investissement peut être ruiné simplement parfois simplement car il manque un petit ingrédient.

Conclusion : des critères à intégrer dans les cahiers des charges

Il y a beaucoup d’autres critères et règles à prendre en compte mais les quelques principes que nous venons de voir constituent une première « check list » qu’il convient de respecter si l’on veut arriver à quelque chose de « comestible ».

L’exigence de leur respect devrait figurer dans tout cahier des charges de formation car elle constitue une première garantie que votre investissement en formation ne soit pas de l’argent perdu.

A ce titre dans mon prochain billet semaine prochaine je parlerai du cahier des charges idéal selon moi qui permettrait de construire la formation la plus efficace possible et donc la plus rentable pour mes clients.

Eric Normand

e.normand@barchen.fr

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *