Elearning, un bocal et des cailloux 2/2

Lors du premier billet nous avons vu la semaine dernière que les modules Elearning et mobile learning connaissent un fort engouement de la part des établissements car ils permettent une flexibilité dans la diffusion auprès des collaborateurs. Nous avons vu également qu’en pratique l’engouement n’est pas toujours partagé par les apprenants notamment car leur temps disponible n’est pas suffisant pour intégrer tous les modules imposés et car leur envie fléchit face à des modules qui leur paraissent peu attractifs. Une première solution consiste donc à augmenter la motivation des apprenants pour qu’ils utilisent plus leurs temps morts à se former avec ces outils. Plus qu’une question d’apparence, nous pensons que la motivation augmentera grâce à une évolution du contenu et de la pédagogie utilisée.

1. Expliquer le Pourquoi

Les apprenants sont matures et capables de s’automotiver à partir du moment où on leur explique pourquoi la formation les concerne et ce qu’elle va leur apporter en connaissances, compétences et employabilité. Il est frappant de constater que peu de modules prennent le temps d’expliquer à quoi ils servent. On part souvent du principe que le collaborateur le sait ou bien que de toutes façons il n’a pas le choix, (alors pourquoi perdre du temps). Problème de culture d’entreprise ?

Je devrais prendre en photo mes interlocuteurs quand je leur annonce que si nous développons plus de 50 heures de MOOC sur DDA et DCI c’est pour créer des parcours par métiers et par niveaux mais aussi, pourquoi pas, permettre aux apprenants de choisir eux-mêmes les modules qu’ils veulent suivre. Laisser le choix ? … Faire confiance aux apprenants est une décision qui n’est pas facile à prendre mais d’un autre côté, on le sait, apprendre sous la contrainte fonctionne mal voire pas du tout.

2. Faire le lien avec le métier

Pour qu’une formation fasse progresser les collaborateurs dans leur travail voire dans leur employabilité, elle doit tracer un lien entre le sujet et le quotidien des apprenants. Ils doivent comprendre le sujet mais aussi intégrer pourquoi ils sont concernés en illustrant la formation par des situations proches de leur réalité.

Cela prend du temps car, utiliser une seule illustration synthétique, passe-partout, ne fait pas écho à la réalité particulière du collaborateur et il ne faut pas hésiter à multiplier les illustrations pour que l’apprenant réussisse à se projeter. Ce n’est pas toujours compatible avec la volonté de tout caser en 20 minutes montre en main.

3. Le respect de règles pédagogiques de base

Si un module Elearning explique à quoi il sert et aborde le sujet sous un angle métier avec des illustrations proches de la réalité de l’apprenant c’est bien mais ce n’est pas suffisant, d’autres règles pédagogiques doivent être respectées. Dispenser des formations qui ne sont pas efficaces pédagogiquement c’est jeter de l’argent par les fenêtres.

Pourtant il manque souvent un vrai travail d’ingénierie pédagogique en amont de la création des modules d’autoformation. Dans un article à suivre nous reviendrons sur les règles pédagogiques incontournables mais je peux déjà identifier la règle la plus souvent ignorée : le niveau maximum d’informations diffusables dans un module.

Le diktat de l’express implique toujours plus dans toujours moins. Résultat : des modules trop denses en quantité d’information à intégrer, indigestes qui ne sont pas efficaces (et ne donnent pas non plus envie).

Il y a confusion entre des modules de durée courte et une durée de formation réduite. En effet, la formation n’a pas à se réduire à 20 min et tenir dans un seul module. Rien n’interdit d’avoir une durée de formation longue avec plusieurs modules répartis dans le temps. Le fractionnement est même un ressort pédagogique particulièrement puissant.

Le problème allez-vous me dire c’est que si on transforme une formation qui tient aujourd’hui sur un module bien compact en deux ou trois modules, la multiplication des petits cailloux ne va pas du tout nous arranger avec notre bocal qui débordait déjà. Certes. Alors on fait quoi ?

Avec le temps va.

Au final le format n’y est pour rien. Elearning, mobile learning, réalité virtuelle, « battle » tous ces outils sont géniaux s’ils sont bien faits, ils permettent de fractionner l’apprentissage et de le rendre plus flexible mais ce ne sont pas des machines à réduire le temps.

La volonté de comprimer les formations grâce à ces outils se heurte à une réalité intangible : bien former nécessite du temps. Si vous ne prenez pas le temps nécessaire alors vous formez mal. Et ça c’est un problème car la formation n’est pas un obstacle à passer, c’est un moteur de création de compétences. Et créer de la compétence, c’est créer de la valeur, ce n’est pas du temps de perdu.

Dans ce sens, la logique d’imposer un temps minimum de formation sur un sujet donné tel que l’imposent les directives DDA et DCI n’est pas si illogique que cela. Sanctuariser chaque année un certain nombre d’heures pour former et améliorer les compétences est intelligent. Cela permet de prendre le temps de bien former car on peut planifier l’amélioration des compétences sur plusieurs années à venir. A condition évidemment de ne pas faire n’importe quoi et d’utiliser les bons outils (comme par exemple notre ensemble de MOOC conçus avec Openclassrooms : -).

Conclusion

Plus facile à dire qu’à faire ? Oui, évidemment mais rien n’empêche d’identifier les problèmes, définir une direction et de commencer le travail.

  • Pour les établissements il s’agit de repenser la place de la formation dans les agendas des collaborateurs pour arriver à une formation vraiment continue adaptée à la réalité des métiers et des emplois du temps.
  • Pour les organismes de formation arrêter de promettre (et de vendre) la lune et se concentrer à créer des solutions de formations qui fonctionnent car centrées sur le métier et pédagogiquement efficaces qu’elles soient distancielles ou présentielles.

A ce sujet, dans mon prochain billet nous regarderons quelques règles pédagogiques à respecter pour être sûr de partir dans la bonne direction quand on conçoit une formation. Si ces règles étaient respectées, une grande partie des budgets ne serait pas gaspillée !

A la semaine prochaine.

Eric Normand

Directeur de Bärchen / e.normand@barchen.fr

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